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Fatigue et médecine chinoise à Meyzieu : mieux comprendre

Les différentes fatigues en médecine traditionnelle chinoise

Dans Yang Sheng

Être fatigué signifie-t-il forcément manquer d’énergie ? La question paraît simple. Pourtant, la fatigue peut prendre des formes très différentes. On peut manquer de force au moindre effort, se sentir lourd et ralenti, avoir constamment froid, ou être épuisé tout en ressentant de la chaleur et une certaine agitation intérieure. En médecine traditionnelle chinoise, ces différences sont importantes car elles peuvent correspondre à des mécanismes différents. La fatigue peut être liée à un Vide, c’est-à-dire à quelque chose qui est devenu insuffisant pour assurer correctement certaines fonctions de l’organisme.

C’est ici qu’interviennent quatre notions fondamentales de la médecine chinoise : le Qi, le Sang, le Yin et le Yang.

On les rencontre souvent avec des définitions assez rapides : le Qi serait « l’énergie », le Sang nourrirait, le Yin refroidirait et le Yang réchaufferait. Ces repères permettent de commencer à les comprendre, mais la réalité est plus riche.

Un Vide de Qi, de Sang, de Yin ou de Yang ne produit pas la même fatigue. Et parfois, la sensation de fatigue vient aussi de quelque chose qui entrave le fonctionnement de l’organisme, comme l’Humidité.

Comprendre la fatigue en médecine chinoise revient donc moins à mesurer combien d’énergie il reste qu’à observer comment l’organisme fonctionne lorsqu’il est fatigué.

Le Qi : lorsque faire demande davantage d’effort

Le mot Qi est souvent traduit par « énergie ». C’est une première façon de l’aborder, mais sa signification est plus large.

Le Qi participe à de nombreuses fonctions : bouger, transformer, transporter, protéger, maintenir ou encore réchauffer. 

Lorsqu’il devient insuffisant, l’activité demande davantage d’effort. On peut manquer d’élan, se fatiguer rapidement en marchant ou en montant des escaliers, avoir besoin de s’asseoir plus souvent ou récupérer moins facilement après une activité.

Les autres signes permettent ensuite de préciser quelles fonctions semblent les plus fragiles.

Lorsque le Qi de la Rate est insuffisant, par exemple, la fatigue peut s’accompagner d’un appétit diminué, d’une digestion laborieuse, d’une sensation de lourdeur après les repas ou de selles plus molles. 

Lorsque le Qi du Poumon est davantage concerné, le souffle et la voix peuvent apporter d’autres indices : essoufflement plus facile, voix moins forte ou encore transpiration spontanée.

Parler de Vide de Qi constitue donc un premier repère. Il reste ensuite à comprendre quelles fonctions sont affaiblies et comment cela se manifeste chez la personne.

Le Sang : quand l’organisme manque de ressources pour nourrir

Le Sang, Xue en chinois, possède lui aussi un sens particulier en médecine chinoise. 

On lui attribue notamment une fonction de nutrition. Il nourrit les muscles, les tendons, les organes, les yeux… et entretient également une relation étroite avec le Cœur et le Shen, l’Esprit.

Lorsque le Sang devient insuffisant, la fatigue peut s’accompagner, selon les personnes, d’un teint plus pâle, d’étourdissements, d’une vision parfois brouillée, de difficultés de concentration, de palpitations ou d’un sommeil plus fragile.

Chez la femme, les règles apportent également des informations précieuses : leur abondance, leur durée, leur aspect ou l’existence de pertes sanguines importantes. On retrouve ici un lien intéressant avec la digestion.

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, la Rate et l’Estomac participent à la transformation des aliments et sont considérés, en médecine chinoise, comme une source importante de la formation du Qi et du Sang. Cela permet de comprendre pourquoi une digestion durablement fragile peut aussi entrer dans le raisonnement lorsqu’une personne consulte pour fatigue.

Digérer, produire des ressources et disposer de suffisamment de Qi et de Sang sont étroitement liés dans la physiologie chinoise.

Le Yang : lorsque la fatigue s’accompagne de froid

Qi et Yang sont étroitement liés.

Le Yang intervient notamment dans la capacité de l’organisme à se réchauffer et à maintenir son activité.

Lorsqu’une insuffisance de Qi s’approfondit, elle peut, dans certains tableaux, évoluer vers une insuffisance de Yang. La fatigue s’accompagne alors davantage de signes de Froid. La personne devient plus frileuse, recherche volontiers la chaleur, peut avoir les mains et les pieds froids. Selon les fonctions concernées, on peut également retrouver des selles plus molles, des urines claires et abondantes, des œdèmes ou une sensation de faiblesse dans la région lombaire.

Le froid devient alors une information intéressante.

Une personne qui dit : « Je n’ai plus d’énergie » et une autre qui précise : « Je suis épuisée et j’ai froid tout le temps » ne décrivent déjà plus tout à fait la même fatigue.

Le froid peut cependant avoir plusieurs origines en médecine chinoise. Nous reviendrons dans un prochain article sur la différence entre Froid externe, Froid interne et Vide de Yang.

Le Yin : quand on est épuisé… mais que l’on a chaud

Cette situation est moins intuitive. Comment peut-on manquer de ressources et ressentir pourtant de la chaleur ?

Pour le comprendre, il faut revenir au couple Yin-Yang.

Le Yin participe notamment à nourrir, humidifier et tempérer l’activité du Yang. Lorsqu’il devient insuffisant, cet équilibre se modifie. Peut alors apparaître ce que la médecine chinoise appelle une Chaleur par Vide.

La fatigue peut s’accompagner de sensations de chaleur plus présentes en fin de journée ou la nuit, de sueurs nocturnes, d’une sécheresse de la bouche ou de la gorge, d’un sommeil plus fragile ou d’une agitation intérieure.

Cette distinction est importante : un Vide de Yang peut s’accompagner de Froid, tandis qu’un Vide de Yin peut favoriser une Chaleur par Vide.

On comprend alors que le mot « Vide » décrit une insuffisance, mais que ses manifestations dépendent de ce qui est devenu insuffisant.

Froid

Quand la fatigue ressemble davantage à de la lourdeur

Il existe encore une autre façon de se sentir fatigué.

Certaines personnes décrivent moins un épuisement qu’une sensation de lourdeur et de ralentissement : le corps semble pesant, la tête embrumée, la mise en mouvement difficile. Cette sensation peut être particulièrement présente après les repas.

En médecine chinoise, ces signes peuvent notamment conduire à rechercher la présence d’Humidité. L’Humidité est associée à la lourdeur et au ralentissement. Lorsqu’elle s’accumule, elle peut gêner la circulation du Qi et le travail de transformation de la Rate.

La relation avec la Rate est d’ailleurs assez facile à comprendre.

Lorsque ses fonctions de transformation et de transport s’affaiblissent, les liquides peuvent être moins bien gérés et l’Humidité s’accumuler. Cette Humidité vient ensuite gêner davantage le fonctionnement de la Rate.

Un cercle peut alors s’installer : la Rate transforme moins bien → l’Humidité s’accumule → la lourdeur augmente et la transformation devient encore plus difficile.

Cette forme de fatigue nous apprend quelque chose d’important : parfois, l’organisme manque de ressources ; parfois, son fonctionnement est davantage entravé.

Et ces deux mécanismes peuvent se retrouver chez une même personne.

Ce que la langue peut nous apprendre sur la fatigue

L’observation de la langue devient particulièrement intéressante pour différencier ces différents tableaux.

Une langue pâle n’apporte pas les mêmes informations qu’une langue rouge et peu enduite. Une langue gonflée, humide ou marquée par les dents oriente encore le regard autrement.

Une langue pâle peut, par exemple, participer à un tableau de Vide de Qi, de Sang ou de Yang, selon les autres signes présents.

Une langue gonflée, humide et marquée par les dents attire davantage l’attention sur les fonctions de la Rate et la gestion des liquides.

À l’inverse, une langue plus rouge, sèche et avec peu d’enduit peut conduire à s’intéresser davantage au Yin et aux Liquides.

C’est tout l’intérêt de l’observation de la langue : elle donne à voir une partie du terrain. Sa couleur, sa forme, son humidité et son enduit sont observés ensemble puis mis en relation avec ce que raconte la personne.

La prise des pouls complète ces informations. Leur force, leur profondeur, leur vitesse et leur qualité sont rapprochées des autres éléments du bilan : sommeil, digestion, souffle, sensation de froid ou de chaleur, transpiration, capacité à récupérer…

C’est la cohérence de l’ensemble qui permet progressivement de comprendre la nature de la fatigue.

Langue rose
Langue pale gonflée

Que peut-on faire lorsque la fatigue s’installe ?

Lorsque l’on se sent fatigué, le premier réflexe est souvent de chercher quelque chose qui va « donner de l’énergie » : café, vitamines, compléments alimentaires ou aliments réputés tonifiants. Il peut être intéressant de commencer par observer ce qui consomme les ressources et ce qui permet réellement de les restaurer.

Le sommeil est-il suffisamment réparateur ? Les repas sont-ils réguliers et bien digérés ? Existe-t-il de vrais temps de récupération ? L’activité physique est-elle adaptée à l’état du moment ? La fatigue s’améliore-t-elle après le repos ?

Quelques habitudes simples peuvent déjà soutenir la récupération : conserver des horaires de sommeil aussi réguliers que possible, prendre des repas suffisamment nourrissants et bien tolérés, aménager de véritables temps de repos et adapter temporairement son niveau d’activité lorsque les ressources diminuent.

Le repos ne signifie pas nécessairement rester immobile. Lorsque l’état général le permet, une marche tranquille ou quelques mouvements doux peuvent aussi avoir leur place.

En médecine chinoise, la suite dépendra du mécanisme identifié. Soutenir le Qi, nourrir le Sang, réchauffer le Yang ou préserver le Yin correspondent à des stratégies différentes.

Une fatigue nouvelle, importante, persistante ou inexpliquée mérite par ailleurs une évaluation médicale. Une anémie, un trouble thyroïdien, une carence, une infection, un trouble du sommeil ou de nombreuses autres situations peuvent provoquer une fatigue. L’approche de la médecine traditionnelle chinoise s’inscrit en complément de cette recherche.

Une même fatigue, des stratégies différentes

Lors du bilan, je cherche à comprendre comment la fatigue s’exprime : depuis quand elle est présente, à quel moment elle est la plus importante, ce qui l’améliore ou l’aggrave et les autres signes qui l’accompagnent.

Le sommeil, la digestion, le souffle, la température ressentie, la transpiration, les émotions ou encore la récupération après l’effort apportent autant d’informations.

L’observation de la langue et la prise des pouls complètent ce tableau.

Le choix du Tuina, de la stimulation des points d’acupuncture, de la moxibustion, des ventouses ou des conseils adaptés au mode de vie découle ensuite de cette compréhension.

Une fatigue dominée par une insuffisance de Qi, un manque de Sang, un Vide de Yang, un Vide de Yin ou la présence d’Humidité n’appelle pas la même stratégie.

C’est finalement l’idée essentielle de cet article : en médecine chinoise, un Vide ne signifie pas simplement « manquer d’énergie ». Il faut encore comprendre ce qui est insuffisant, quelles fonctions sont concernées et comment l’organisme l’exprime.

 

 Cabinet de médecine traditionnelle chinoise à Meyzieu, proche de Lyon, du Nord-Isère et de l’Ain.