Prendre rendez-vous en ligne

Digestion et médecine chinoise à Meyzieu : mieux comprendre

Digestion : quand tout ne se passe pas seulement dans l’Estomac

Dans Yang Sheng

Ballonnements, lourdeur après les repas, digestion lente, éructations, nausées, transit irrégulier… Lorsque la digestion devient difficile, on pense naturellement à ce que l’on a mangé. Pourtant, deux personnes ayant une alimentation assez similaire peuvent très bien ne pas digérer de la même manière. En médecine traditionnelle chinoise, on s’intéresse aux aliments consommés, mais aussi à ce que l’organisme parvient à en faire. Pour comprendre cette approche, il faut s’intéresser à deux acteurs essentiels de la digestion : la Rate et l’Estomac. Mais aussi à quelque chose dont on parle beaucoup moins : le mouvement.

Digérer, c’est transformer… mais aussi faire circuler

Dans la physiologie chinoise, le Qi est constamment en mouvement. Il monte, descend, entre et sort. Ces mouvements participent au fonctionnement de l’ensemble de l’organisme et sont particulièrement intéressants lorsqu’on s’intéresse à la digestion.

La Rate et l’Estomac occupent une place centrale dans cette dynamique : l’Estomac reçoit les aliments et participe à leur transformation, la Rate poursuit ce travail en extrayant ce qui pourra être utilisé par l’organisme.

On parle traditionnellement de « clair » et de « trouble » :

  • le clair correspond à ce qui peut être assimilé et utilisé, il est notamment élevé par la Rate ;
  • le trouble poursuit son chemin vers le bas pour être finalement éliminé, l’Estomac participe à ce mouvement descendant.

On pourrait donc résumer très simplement cette dynamique : la Rate fait monter, l’Estomac fait descendre. 

Ces deux mouvements sont complémentaires. Une bonne montée favorise la descente, et une bonne descente facilite la montée. C’est une véritable mécanique du centre.

Soupe

Quand l’Estomac ne descend plus correctement

Cette notion permet de porter un autre regard sur certains symptômes digestifs. 

Le mouvement physiologique du Qi de l’Estomac se fait principalement vers le bas. Lorsque cette descente est perturbée, le Qi peut stagner ou prendre une direction contraire. Les éructations, les nausées ou certaines sensations de remontée deviennent alors des informations intéressantes lors du bilan. La direction du symptôme compte donc autant que sa présence. 

Est-ce que cela monte ? Est-ce que cela descend difficilement ? Est-ce que cela stagne ? Est-ce accompagné de chaleur, de froid, de lourdeur ou de douleur ?

Ces détails permettent progressivement de comprendre le mécanisme en jeu. C’est l’une des particularités du raisonnement en médecine chinoise : observer le symptôme, mais également la dynamique dans laquelle il apparaît.

Ballonnements et lourdeurs : est-ce forcément la Rate ?

Lorsqu’on commence à s’intéresser à la médecine chinoise, on rencontre rapidement la notion de Vide de Rate. Une faiblesse du Qi de la Rate peut effectivement s’accompagner, selon le tableau, de fatigue, de lourdeur, d’un appétit diminué, de selles plus molles ou d’une digestion laborieuse.

Une distension abdominale peut aussi apparaître lorsque le Qi circule mal, lorsque les aliments s’accumulent ou lorsque d’autres mécanismes perturbent le fonctionnement du foyer central. Les signes associés permettent de faire la différence. C’est notamment à ce moment que le Foie peut entrer dans le raisonnement.

Quand les émotions perturbent la digestion

Certaines personnes le constatent très nettement : leur ventre va plutôt bien lorsqu’elles sont détendues et devient beaucoup plus sensible pendant les périodes de contrariété, de pression ou de tension émotionnelle. Nous avons déjà rencontré ce mécanisme dans l’article consacré au stress.

En médecine chinoise, le Foie participe à la libre circulation du Qi. Une surpression du Foie peut venir perturber le fonctionnement de la Rate ou de l’Estomac. Le Qi de l’Estomac, qui devrait descendre harmonieusement, peut alors stagner ou remonter. Chez une autre personne, une Rate déjà fragilisée occupera une place plus importante dans le tableau. La chronologie apporte alors beaucoup d’informations.

Les troubles digestifs existaient-ils auparavant ? Apparaissent-ils surtout lors des périodes de tension ? La fatigue précède-t-elle les troubles digestifs ? L’appétit change-t-il ? Les symptômes sont-ils différents pendant les vacances ou les périodes plus calmes ?

Deux personnes qui disent toutes les deux « je suis ballonnée » peuvent ainsi présenter des fonctionnements très différents.

Douleur ventre

La Rate « fabrique-t-elle le Sang » ?

C’est une phrase que l’on rencontre souvent lorsqu’on découvre la médecine chinoise : « la Rate fabrique le Sang ». La réalité est un peu plus subtile : la Rate participe à la transformation des aliments et à l’extraction de ce que les textes chinois appellent le Jing Wei, la partie subtile issue des aliments. Cette matière participe ensuite à la formation du Qi et du Sang.

On dit ainsi plus précisément que la Rate et l’Estomac sont à la source de la formation du Qi et du Sang. Cette nuance permet de comprendre pourquoi la digestion occupe une place aussi importante dans la physiologie chinoise.

La question dépasse largement le confort digestif : la manière dont l’organisme transforme ce que nous mangeons participe aussi, dans cette conception, aux ressources dont il dispose ensuite. C’est l’un des liens qui existent, en médecine chinoise, entre digestion et énergie générale.

Pourquoi la stratégie dépend du mécanisme

Les troubles digestifs peuvent donc conduire à des stratégies différentes.

Dans certaines situations, il sera pertinent de soutenir les fonctions de la Rate. Dans d’autres, on cherchera davantage à favoriser la circulation du Qi, à harmoniser l’Estomac et favoriser sa descente, à agir sur une accumulation alimentaire ou à tenir compte de la présence de Froid, de Chaleur ou d’Humidité. 

Plusieurs de ces mécanismes peuvent également se superposer. C’est aussi la raison pour laquelle un point très connu comme E36 – Zusanli ne se résume pas à être « le point de la digestion ». Son intérêt dépend de ses fonctions et surtout de la stratégie dans laquelle il est utilisé.

Quelques habitudes simples pour faciliter la digestion

Il n’est pas nécessaire de connaître son tableau énergétique pour commencer à observer quelques habitudes quotidiennes. La première concerne tout simplement la façon dont on prend ses repas. Manger rapidement, en travaillant, devant un écran ou en étant constamment sollicité laisse peu de place au repas lui-même. Prendre le temps de s’asseoir, de manger plus lentement et de bien mâcher constitue déjà une première façon de faciliter le travail digestif.

La médecine chinoise accorde également de l’importance à une certaine régularité des repas. Le grignotage permanent, des horaires très variables ou des repas particulièrement copieux peuvent rendre la digestion plus laborieuse chez certaines personnes.

La préparation des aliments compte également. Les aliments cuits demandent généralement moins de travail de transformation au système Rate-Estomac que de grandes quantités d’aliments crus. Cela explique pourquoi une alimentation davantage cuite et des repas tièdes peuvent être intéressants chez certaines personnes dont la digestion est fragile, en particulier lorsqu’elle s’accompagne de fatigue, de selles molles ou d’une sensation de froid.

Cela ne signifie pas qu’il faille bannir systématiquement le cru. Observer ce que l’on digère réellement bien est souvent plus utile que d’appliquer une règle alimentaire identique pour tout le monde.

Le contexte émotionnel mérite enfin d’être pris en compte. Lorsque l’on sait que son ventre réagit fortement aux périodes de tension, quelques minutes de calme avant de manger, sans téléphone ni travail, peuvent constituer une habitude très simple à expérimenter.

Il ne s’agit pas de rechercher une alimentation parfaite, mais de créer des conditions dans lesquelles le système digestif est moins sollicité et peut accomplir plus facilement son travail de transformation.

Alimentation saine

La langue : une source précieuse d’informations sur la digestion

Lors d’une consultation pour des troubles digestifs, la langue mérite une attention particulière. En médecine chinoise, son observation apporte de nombreuses informations sur le fonctionnement de la Rate et de l’Estomac.

Je regarde notamment la couleur du corps de la langue, sa forme, son humidité, ainsi que l’aspect et la localisation de l’enduit. Une langue gonflée ou marquée par les dents, par exemple, n’apporte pas les mêmes informations qu’un enduit épais, gras, très sec ou au contraire peu présent.

L’enduit est particulièrement intéressant dans l’exploration du fonctionnement de l’Estomac et de la digestion. Son épaisseur, sa couleur, sa répartition et son humidité viennent enrichir les informations recueillies lors de l’échange.

Aucun de ces signes ne s’interprète seul. C’est leur association avec les symptômes, l’histoire de la personne et les autres éléments du bilan qui leur donne du sens.

Comprendre avant de choisir les techniques

Lorsqu’une personne vient me voir parce qu’elle « digère mal », je vais donc chercher à préciser ce qui se cache derrière ces quelques mots.

À quel moment apparaissent les ballonnements ? Comment est l’appétit ? Comment se passe le transit ? Y a-t-il une fatigue après les repas ? Des éructations ? Des nausées ? Une sensation de froid ou de chaleur ? Les émotions ont-elles une influence ?

Je m’intéresse également au sommeil, à l’énergie générale et au rythme de vie.

Les techniques utilisées (Tuina, stimulation des points d’acupuncture, moxibustion, ventouses ou conseils adaptés à l’alimentation et au mode de vie) sont ensuite choisies en fonction de l’ensemble de ces informations. Deux personnes peuvent donc entrer dans le cabinet avec exactement la même phrase : « Je digère mal. » Et pourtant, ce qu’il y aura à comprendre derrière cette phrase pourra être très différent.

 

 Cabinet de médecine traditionnelle chinoise à Meyzieu, proche de Lyon, du Nord-Isère et de l’Ain.